Mali : la manœuvre occidentale mise en échec par l’alliance du Sahel

L’alerte occidentale sur le Mali : écran de fumée d’un plan déjoué par l’AES

Il y a des silences qui en disent plus long que les discours. Et des revirements qui trahissent la gêne des puissants.
Ces dernières semaines, les chancelleries occidentales, Paris et Washington en tête, ont semblé frappées d’amnésie diplomatique à propos du Mali. En l’espace de quelques jours, elles ont d’abord sonné l’alarme d’une prétendue « crise du carburant » justifiant l’évacuation de leurs ressortissants, avant de se fendre de félicitations envers les Forces armées maliennes pour leur efficacité dans la lutte contre le terrorisme.
Un scénario dont la logique n’est pas économique, mais stratégique.
Le blocus du carburant au Mali, attribué à des groupes armés jihadistes, a été médiatisé comme une paralysie nationale. Bamako sans essence, écoles fermées, files interminables aux stations.


Mais très vite, la version médiatique a révélé ses failles : comment un État désormais allié à la Russie, membre de la Force conjointe de l’AES (Alliance des États du Sahel), et qui contrôle ses corridors logistiques internes, aurait-il pu être « pris au dépourvu » par une simple pénurie ?
Non, il ne s’agissait pas seulement d’un blocus. Il s’agissait d’une manœuvre hybride, mêlant guerre psychologique et pressions économiques, probablement destinée à tester la résilience institutionnelle du Mali et la coordination militaire de l’AES.
Et c’est précisément cette tentative qui semble avoir échoué.
La précipitation avec laquelle Washington et Paris ont appelé leurs ressortissants à quitter le Mali a soulevé des questions jusque dans les milieux diplomatiques africains.


Car le ton alarmiste contrastait avec la réalité observée sur le terrain : pas d’affrontements massifs, pas d’effondrement des infrastructures, mais plutôt une vigilance accrue des forces de sécurité maliennes et une mobilité militaire intense dans plusieurs régions stratégiques.
Des sources régionales font état de mouvements suspects aux frontières sud et ouest, d’armes saisies et de neutralisations d’éléments infiltrés.
Autrement dit : l’AES aurait bel et bien déjoué une offensive concertée, dont le “blocus du carburant” n’était que la façade visible.
Et lorsque les puissances occidentales ont compris que le plan avait échoué, le discours a changé : de la peur à la félicitation.
L’administration américaine, par la voix de son envoyé spécial Christopher Landau, a fini par reconnaître “l’efficacité des Forces armées maliennes dans la lutte contre les groupes terroristes”.


Une phrase diplomatiquement anodine, mais politiquement lourde : elle marque une validation implicite de la stratégie souverainiste du Mali, et de sa coopération militaire dans le cadre de l’AES.
Là où Paris s’entête à dénoncer l’influence russe, Washington s’adapte au rapport de force : les États du Sahel ne sont plus des sujets, mais des acteurs stratégiques qu’il faut ménager.


Ce décalage montre que la France reste figée dans son dogme moral, pendant que les États-Unis avancent dans le réalisme géopolitique.
Car dans les faits, la ligne de front contre le terrorisme a changé de mains : ce n’est plus la coalition occidentale qui protège le Sahel, mais le Sahel qui protège sa propre stabilité.


Ce qu’on appelle “félicitations” n’est autre qu’un aveu de respect.
Washington sait désormais que l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) constitue une architecture militaire qui fonctionne : commandement intégré, coordination transfrontalière, contrôle des flux logistiques, renseignement partagé.
Et surtout, une doctrine de souveraineté sécuritaire : ne pas sous-traiter la défense de son territoire.
Si complot il y avait – et tout laisse à penser qu’il y en avait un – il a été étouffé par l’efficacité conjointe des forces malienne, burkinabè et nigérienne.


Le véritable blocus, en réalité, était celui que certains tentaient d’imposer à la montée en puissance de l’AES.
Et c’est ce blocus-là, politique et symbolique, qui vient de s’effondrer.
Les félicitations américaines ne sont donc pas une politesse : c’est une reconnaissance contrainte.
Elles confirment que l’ère des récits imposés depuis Paris ou Washington touche à sa fin.
Désormais, les États du Sahel imposent leur propre lecture des faits, leurs propres solutions, et leur propre diplomatie.
Ce n’est pas un isolement ; c’est une réinvention du rapport au monde.
Et si l’Occident en est réduit à saluer ce qu’il voulait saboter, alors oui : le Sahel est en train de gagner la guerre invisible — celle du récit, de la souveraineté et du respect.

✍🏿 Simon KABORÉ
Expert AES, spécialiste de l’impérialisme occidental

Reveil D'Afrique

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